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William Christenberry est un photographe, sculpteur et professeur américain 


William Christenberry, né en 1936 à Tuscaloosa Alabam, un photographe, peintre, sculpteur et professeur américain, célèbre pour ses photos du Sud américain, et en particulier d'Alabama, qui montrent l'évolution d'édifices ou d'objets dans le temps.


1 - Voir



Enfant, William accompagne souvent son père en voyage sur les petites routes du Sud américain1. Il erre souvent lui-même, adolescent et jeune adulte, dans les bois, les champs et les fermes proches des maisons de ses grands-parents dans le rural comté de Hale (Alabama)2.
Christenberry étudie les beaux arts à l'Université de l'Alabama, à Tuscaloosa. Il obtient une licence puis un diplôme de master d'arts en peinture en 19593,2.
Il se consacra ainsi dans un premier temps à la peinture, avant de commencer à utiliser un appareil photographique Brownie dans sa méthode de travail3 : en effet, il prenait principalement des photos pour prendre des informations en vue des tableaux qu'il allait peindre par la suite4.
Alors instructeur à l'Université de l'Alabama, il se rend compte qu'il va se consacrer au Sud américain2.
En 1961, il déménage à New York — et ne reviendra plus en Alabama pour y vivre4 — pour se faire connaître du milieu artistique. Il a pour la première fois une exposition propre cette année-là5. Après avoir pris quelque petit boulot, il rencontre alors l'important photographe Walker Evans lors d'un programme de Time-Life Television (en). Ses photographies, beaucoup desquelles ont été prises dans la région d'origine de Christenberry (publiées dans Let Us Now Praise Famous Men, un livre de James Agee et de Walker Evans où sont reflétées la souffrance et la pauvreté humaines à l'époque de la Grande Dépression en Alabama), ont beaucoup influencé celui-ci. Alors qu'il était encore en Alabama, Christenberry découvre ce livre dans une librairie de Birmingham et réalise, avec sa grand-mère, qu'il connaît les lieux et personnes qui y sont mentionnés. Il se trouve qu'Evans a été dans le comté de Hale pour y prendre certains des clichés du livre le même été où Christenberry est né6. Son admiration pour ce livre a probablement été un élément déterminant dans son développement artistique, même s'il dira qu'il a en fait été plus impressionné par la prose d'Agee6,7 : il déclare en effet qu'il était bouleversé par Agee parce qu'il retranscrivait avec des mots ce qu'il essayait de faire lui-même dans son art6,8. Evans l'encourage fortement à continuer dans la photographie, en lui disant qu'il y a quelque chose de spécial dans sa manière d'utiliser son petit appareil photo, que c'est une parfaite extension de son œil9,4. Christenberry prendra acte de ce conseil et aura désormais un autre regard sur ce moyen d'expression, qu'il verra enfin comme un « art natif, une réponse intuitive et naturelle à ce qu'il voyait », et non-plus comme un moyen4. À la suite de cette rencontre, les deux photographes resteront amis3,5.
Un an plus tard, alors qu'il rentre dans le Comté de Hale (Alabama) pour rendre visite à sa famille — il prendra désormais l'habitude d'y rentrer tous les étés pour y prendre des photos4 —, il en profite pour expérimenter artistiquement : au travers de différents moyens — photographie, peinture, dessin, sculpture —, il explore les effets du temps sur la maison de sa jeunesse en choisissant comme sujets des édifices, des panneaux de circulation ou autres pancartes, ainsi que des objets trouvés. Christenberry pense que tous les objets laissent leur marque individuelle sur le paysage avec le temps, détruits ou pas3.
Après son année passée à New York, Christenberry déménage à Memphis (Tennessee), où il devient professeur à l'Université de Memphis4. Vers 1967-68, Christenberry déménage définitivement à Washington, où il intègre la faculté Corcoran College of Art and Design (en) — il y est désormais professeur de photographie3, dessin et peinture10,4.
William Christenberry tient beaucoup à ses racines du Sud américain, comme il l'explique en 1983 :
Everything that means anything to me — morality, integrity, close family ties, my heritage, the land — comes from the South, from the place where I grew up.
— William Christenberry, The Washington Post, le 24 avril 19831.
« Tout ce qui est important pour moi — la morale, l'intégrité, les forts liens familiaux, mon héritage, la terre — vient du Sud, de l'endroit où j'ai grandi. »
— The Washington Post, le 24 avril 19831.
Christenberry est également un professeur de photographie et de peinture dans plusieurs universités : à l'Université de Memphis, l'Université de l'Alabama et à la Corcoran School of Art de Washington D. C., où il enseigne toujours5,11.

L'œuvre de Christenberry

Thématique sudiste et portée artistique
Christenberry s'intéresse d'abord aux thèmes et traditions des régions rurales du grand Sud américain. Aussi bien au niveau formel que conceptuel, son travail s'articule autour de l'étude prolongée d'un endroit : un édifice et ses alentours seront par exemple inclus dans une chronique en plusieurs photos montrant l'évolution de l'identité de la structure. Au-delà de capter l'essence de l'héritage d'un endroit, c'est une réflexion sur l'immobilisme et le changement5.
Depuis le début des années 1960, il visite chaque année les mêmes lieux pour constater l'effet du temps qui passe sur les objets ou édifices délaissés. À partir de 1974, il se sert de toutes les images qu'il produit sur ce sujet pour réaliser des sculptures extrêmement détaillées qui reproduisent les édifices pris comme sujet. Elles sont elles-mêmes produites en plusieurs exemplaires, chacun représentant un stade de détérioration du bâtiment12.
Ces sujets vont des maisons abandonnées aux objets trouvés en passant par des églises ou des cimetières. Il en capte des images pendant de nombreuses années pour construire de solides thèmes tels que le voyage et surtout le processus de transformation. Grâce à divers supports (photographie, sculpture, peinture, dessin, installations), Christenberry développe un récit profond et exhaustif sur le Sud, aussi bien avec ce qu'il a de plus folklorique que ce qu'il a de plus sombre, en particulier concernant le Ku Klux Klan. Il présente d'ailleurs dans ses expositions une « Klan room », où il y installe des photographies, des dessins, des croix en néon, des boîtes de verre, des sculptures, des figurines de membres du KKK avec des tuniques de couleurs différentes selon leur grade, etc.12
À l'instar de William Eggleston, Sally Mann, Nicholas Nixon (en) ou encore Emmet Gowin (en), il fournit un travail substantiel sur la photographie du Sud, avec ses thématiques constantes de lieu, identité, histoire et famille11. Le travail artistique de Christenberry est considéré par Ted Olson comme une preuve que le Sud est plus une conception qu'une réalité géographique. Selon lui, « il s'est dévoué à capturer et révéler sa matérialité, son esprit, et, à travers ceux-ci, sa condition. » Il est en effet « obsédé », dans sa démarche artistique, par la « totalité de l'expression sur ce lieu ». Il définit l'esthétique de Christenberry comme un mélange entre l'effort documentaire et une imagination artistique2.
Sous l'influence d'Eggleston et de Lee Friedlander, il troquera en 1977 sa vieille Brownie pour une plus avancée Deardorff (en) 8x10. Cela ne l'empêche pas de conserver sa ligne directrice en cherchant l'étude directe, chirurgicale, des façades et des paysages, qui à la fois documente et donne du sens au sujet4. Si la démarche artistique est évidente, certains voient dans sa façon de produire des milliers de petites photos répétitives prises au moyen d'un appareil photographique amateur et révélées de façon industrielle, dans ses sculptures qui reproduisent le même sujet, et dans sa collection sur le Ku Klux Klan, une forme d'art brut — sa photographie documentaire non-conventionnelle interpelle11.
Les derniers travaux de Christenberry portent sur les réponses émotionnelles positives et négatives que l'art déclenche3. Mais son pèlerinage estival lui permet tous les ans d'enrichir sa production, qualifiée par la commissaire d'exposition Trudy Wilner Stack d'« inépuisable combustible pour le développement de la divulgation de sa vision artistique4,13 ».
Son statut international grandit, comme en témoigne sa présence dans de plus en plus de musées dans tous les États-Unis et à l'étranger3,14.



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