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Eric Rondepierre est un artiste plasticien, photographe français 


Éric Rondepierre né à Orléans en 1950, est un artiste plasticien, photographe, vidéaste, au début des années 1990, il commence un travail photographique avec le cinéma, son travail consistera à prélever des photogrammes de film dans les cinémathèques.


1 - Voir



Après un baccalauréat littéraire, Éric Rondepierre passe quelques mois à l’atelier Met de Penninghen avant de s’inscrire à l’Université de Paris 1, en Arts Plastiques puis aux Beaux-Arts de Paris. Il s’intéresse à la littérature, au théâtre, passe ses soirées à la cinémathèque du Palais de Chaillot. Ses études terminées (maîtrise sur le théâtre de Witkiewicz, DSAP de dessin), il commence à travailler pour le spectacle en tant qu’acteur avec différentes compagnies de théâtre et de danse. En 1980, il devient professeur d’Art Plastiques en banlieue parisienne où il s’installe. En 1985, il se met à peindre. Il obtient un doctorat d’Esthétique sur Les Yeux verts de Marguerite Duras (1988). En 1989, dans une cave qui lui sert d’atelier, Eric Rondepierre commence à photographier des images de cinéma qu’il voit à la télévision. Il financera sa première exposition (1992) avec l’argent de son dernier spectacle en tant qu’acteur et une aide du Ministère de la culture.
Pendant une vingtaine d’année, son travail consistera à prélever des photogrammes de film dans les cinémathèques ou les archives de films privées. Chaque voyage dans une ville est l’objet d’une recherche en archive qui se termine par l’exposition d’une série d’images issues des «angles mort du dispositif cinématographique», choisie suivant des règles strictes. Cette réflexion sur l’image, le temps et la perception sait allier radicalité et séduction, légèreté et profondeur. Régis Durand parle à son propos de «jansénisme tranquille1».
Il est acheté par le Musée d’Art Moderne de New-York un mois après sa première exposition en 1992 chez Michèle Chomette. Il expose au MoMA successivement en 1993 et 1995 ainsi qu'en Grèce, Espagne, Italie, Allemagne, Autriche, Belgique, Canada, Suisse, Suède, Brésil, Chili, Argentine, etc. La Biennale de Lyon (1995 et 2001), le Centre Pompidou (2006 et 2008), le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles («Voici», 2001), la Villa Oppenheim (Berlin, 2008) l’ont également exposé. Deux ouvrages lui ont été consacrés. Le premier est un essai de Thierry Lenain (« Eric Rondepierre, un art de la décomposition », éd. la Lettre volée, Bruxelles, 1999), l’autre une monographie aux éditions Léo Scheer (« Eric Rondepierre », Paris, 2003).
Il est exposé aux Rencontres d'Arles et lauréat du Prix Découverte en 2009.
Au début de l’année 2015, deux expositions lui sont consacrées simultanément. L’une à la Maison Européenne de la photographie, l’autre à la Maison Bernard Anthonioz. À cette occasion est publié une monographie aux éditions Loco, avec des textes de Catherine Millet et Jacques Rancière.

Œuvres
Dans sa première série de travaux Excédents (1989-1993), il présente des images entièrement noires avec un sous-titre venant des versions originales des classiques du cinéma étranger. Le résultat s’apparente aussi bien au registre de l’autobiographie qu’à la pratique du détournement humoristique.
Avec les Annonces (1991), l’artiste s’intéresse aux effets spéciaux des textes publicitaires qui viennent se former dans l’image des bandes-annonces des années 1930 et 1950. Il prélève le 24e de seconde de texte illisible et blanc qui va se former dans le photogramme et le caviarder de son absence.
En 1993, il obtient une bourse de la « Villa Medicis hors les murs » pour faire un travail de recherches dans les archives de films américaines. Il revient à Paris avec le Précis de décomposition : un choix d’images du cinéma muet dégradées par le temps. Il publie son premier livre en rapport direct avec son travail (Le Jour où Laura est morte). D’autres suivront. Moires (1998) à Montréal et Les Trente étreintes (1997) à Bologne, sont basées sur la même idée d’une relation aléatoire de l’image et de son support dégradé. En 1996, il est nommé professeur associé à l’Université de Paris 1.
Invité par l’Institut français d’Athènes en 1998, il réalise Diptykas. Puis Suite (Lausanne) et Moins X (Bologne). Le principe de ces séries est de décaler les limites du cadrage habituel en photographiant non pas une image mais l’entre-deux image du ruban filmique.
« La Nuit cinéma », publié en 2005 (Seuil), raconte sous une forme fictionnelle, comment ce travail sur le cinéma a pris forme et s’est développé.
Parallèlement à ces prélèvements cinématographiques qu’il nomme lui-même des « reprises de vue », l’artiste réalise aussi des prises de vue à travers la fenêtre d’un train Stances (1996), des images divisées et inversées Hypothèses (2005), des croquis de dublinois rephotographiés Doubliners (2005), des mosaïques d’images prises au jour le jour mixées avec son journal Agendas (2002-2012).
À partir des années 2000, Éric Rondepierre voyage moins et s’installe à Paris. Il utilise toujours des images déjà existantes mais il les fait dialoguer avec d’autres qu’il prend lui-même dans son quotidien. Loupe/dormeurs (1999-2002) montre ses doigts tenant une loupe à travers lequel on peut voir un bout de pellicule de film et, dans le fond de l’image, la silhouette d’une femme dans un intérieur. Un roman de 156 000 signes trame chacune des onze image de cette série. Dans Parties Communes (2007), des photographies extraites de ses «Agendas» dialoguent avec des images du cinéma muet. Il réalise une vidéo de huit minutes («Manège») en 2009 où l’on voit un personnage de film rentrer et sortir d’un café. Son entrée coïncidant avec sa sortie. Eric Rondepierre est friand de ces contradictions, toujours sur la limite du cadre, entre deux médiums, deux temps, comme le titre de sa dernière série (« Seuils », 2009) en témoigne. Il semble que dans cette dernière période, l’œuvre ait gagné en réflexivité, la part d’autobiographie (ou d’autofiction ?) étant de plus en plus visible, aussi bien dans certaines images de «Seuils» où l’artiste apparaît discrètement, que dans ses derniers livres (Placement, 2008, Toujours Rien sur Robert, 2008).
Les images très picturales de DSL (2010-2013) sont des prises d’écran d’ordinateur d’images de cinéma passées par le filtre de la télévision numérique (D.S.L.) saisies au moment où elles dysfonctionnent. Enfin, avec Background (2013-2014), l’artiste reconstitue le décor de certains films à partir d’images prélevées dans ces films qu’il redistribue et homogénéise ensuite dans un format panoramique.
Il est sans doute paradoxal qu’une œuvre installée depuis deux décennies dans un champ d’expérience aussi restreint, microscopique (une image de film mesure 18 x 24 mm), voire invisible soit aussi «ouverte», polymorphe, à plusieurs entrées, bref, toujours à découvrir. Qu’on lui attribue une ascendance photographique (Quentin Bajac), qu’on la situe dans un champ cinématographique (Dominique Paini), expérimental (Hubert Damisch), qu’on la rattache à l’histoire de la peinture ou plus largement des images (Thierry Lenain), qu’on mette l’accent sur son humour (Denys Riout), sa teneur onirique (Daniel Arasse), sa portée politique (Marie-José Mondzain), que l’on fasse appel à la littérature (Jean-Max Colard), au détournement situationniste (Evence Verdier), au travail freudien sur la mémoire (Philippe Dubois), l’œuvre reste sur son axe, d’une originalité et d’une fraîcheur qui font de cet artiste «un des artistes les plus singuliers et les plus mystérieux de ces quinze derniers ans2» (Bernard Comment).



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